Qui sommes-nous ?
Nous sommes un collectif de professeurs des écoles, d’enseignants du second degré, de chercheurs en éducation, d’inspecteurs, de personnels de vie scolaire, de personnels de direction. Nous sommes des professionnels de l’éducation en prise avec les réalités de terrain. En poste en établissements scolaires et dans les services académiques et ministériels, ou récemment retraités, nous sommes confrontés aux multiples défis auxquels doivent faire face, chaque jour, les professionnels de l’éducation et nous mesurons combien les réponses apportées par l’institution ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Pourquoi sommes-nous atterrés ?
En observant l’évolution de notre système éducatif et en constatant ce qu’il est devenu, nous sommes atterrés.
Nous sommes atterrés de voir combien l’Éducation Nationale française est inégalitaire, combien elle ne donne pas les mêmes chances à tous les élèves, combien elle profite aux plus favorisés. Nous sommes atterrés de constater combien l’Education Nationale française est devenue une machine à sélectionner, un outil de tri social qui entérine la ségrégation scolaire au lieu de la combattre.
Nous sommes atterrés de voir combien les principes élémentaires qui devraient normalement animer le service public sont bafoués. L’égalité d’accès et de traitement est un leurre, la neutralité commerciale n’est pas respectée et la mutabilité ne semble même pas envisagée.
Nous sommes atterrés de voir combien les travaux de la recherche universitaire en éducation et les recommandations des organismes internationaux tels que l’UNESCO ou le Parlement européen ne sont pas pris en compte pour orienter notre système éducatif.
Nous sommes atterrés de constater l’emprise grandissante de la sphère marchande sur un service public qui devrait normalement mettre les élèves et les personnels à l’abri des intérêts privés.
Nous sommes atterrés de constater l’accélération technologique numérique portée par l’institution et imposée aux élèves comme aux personnels alors même que cette question socialement vive suscite un débat de société qui n’est pas tranché.
Nous sommes atterrés de constater la grande dépendance de notre système éducatif à des outils technologiques privés non souverains.
Nous sommes atterrés de voir le peu de considération que l’institution accorde à ses personnels et combien le dénigrement des enseignants est maintenant intégré au discours institutionnel.
Nous sommes atterrés de constater que les élèves ne sont pas écoutés, que leurs attentes ne sont pas prises en compte alors qu’ils sont les premiers usagers du service public d’éducation. Nous sommes atterrés de constater combien notre système éducatif est peu démocratique.
Nous sommes atterrés de constater combien les apprentissages, formalisés au travers des programmes scolaires, ne répondent pas aux enjeux de société, combien ils reflètent une vision étroite de l’éducation servant de prétexte à la compétition scolaire généralisée.
Notre atterrement n’est pas le simple fait des professionnels de l’éducation que nous sommes. Le bilan que nous dressons de l’état du système éducatif peut être constaté à maints endroits. Mal-être grandissant d’une partie de la jeunesse, décrochage scolaire, perte de sens dans les apprentissages, défiance des parents, mais aussi mal-être grandissant des enseignants face à la déconsidération sociale et la violence institutionnelle, démissions en nette augmentation, désaffection pour les métiers de l’éducation, les signaux ne trompent pas. Ils traduisent des défaillances du service public ainsi qu’une forme de délitement structurel et culturel.
Quel futur pour l’éducation ?
Une autre éducation est possible. Une éducation plus démocratique au cœur du projet sociétal. Une éducation répondant aux attentes des élèves et de la société civile et reposant sur des considérations d’intérêt général. Une éducation qui soit vecteur du vivre ensemble et de la transformation sociétale vers plus d’égalité, de justice sociale et de protection du vivant.
Face à une forme de confiscation du service public au profit de multiples intérêts privés, il est temps de réagir. Face à la dégradation organisée du service public d’éducation, il est temps de revenir aux valeurs fondamentales et aux principes de fonctionnement qui devraient normalement animer le système éducatif. L’urgence est là. Face à l’instrumentalisation croissante de l’éducation, dans un contexte où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, il est temps de s’unir autour d’un projet commun de reconstruction du service public d’éducation.
Quelles propositions concrètes ?
Au-delà des multiples analyses, déjà portées au débat, sur la déconstruction de notre service public d’éducation, auxquelles plusieurs membres des pédagogues atterrés ont apporté leur contribution, notre collectif souhaite surtout faire des propositions concrètes pour le futur de notre système éducation. Nous avons élaboré une plateforme de 40 propositions intitulée « L’éducation au cœur du projet sociétal » autour de trois grands axes. Ces axes nous semblent fondamentaux afin d’aboutir à un service public de qualité, mais aussi pour se prémunir contre les formes d’instrumentalisation de l’éducation inhérentes au projet de l’extrême droite. Ces trois axes sont la refonte de la gouvernance, la redéfinition des apprentissages et de leur évaluation ainsi que la reconnaissance qualitative des pratiques pédagogiques.
