Pour une reconnaissance qualitative des pratiques pédagogiques
Faire confiance aux enseignants
27) Modifier le statut des enseignants afin de conférer la capacité à concevoir eux-mêmes leur activité professionnelle en inscrivant le pouvoir d’agir dans leurs droits et obligations. Intégrer les Conseillers principaux d’éducation dans le corps des enseignants. Les reconnaître comme des concepteurs d’activité d’apprentissage de la citoyenneté.
28) Opérer une revalorisation de la rémunération des enseignants en concordance avec le statut en revenant à des grilles indiciaires au niveau des emplois d’ingénieurs. Supprimer tous les mécanismes de rémunération à la performance. Lisser les grilles indiciaires pour aboutir à une grille uniformisée.
29) Concevoir des modalités de développement professionnel des enseignants majoritairement endogènes. Supprimer les formations descendantes à dominante procédurale. Concevoir le développement professionnel des enseignants selon des procédés de mutualisation de pratiques entre pairs.
30) Instaurer un comité déontologique, rattaché à l’organe de développement professionnel, chargé d’arbitrer en dernier ressort les controverses sur les pratiques professionnelles. Composée de membres élus, représentants de la diversité des praticiens et de la recherche scientifique en éducation, siégeant pour une durée limitée selon le principe du mandatement temporaire, ce comité déontologique peut être saisi par tous membres de la communauté scolaire élargie (élèves, parents, enseignants) afin de trancher les litiges ayant trait à l’éthique professionnelle.
Faire des établissements scolaires des organisations apprenantes
31) Procéder à une modification du statut des personnels de direction afin de les placer en posture de facilitation de la conception collective en établissement scolaire. Construire leur développement professionnel autour la posture facilitation.
32) Reconnaître formellement le travail collectif au sein des établissements scolaires du premier et du second degré au travers d’un volume horaire dédié apparaissant dans les emplois du temps des professeurs des écoles et des enseignants comme temps de concertation, faisant partie intégrante de leur rémunération.
33) Accorder l’autonomie de recrutement aux établissements scolaires, ce qui signifie que la décision de pourvoir aux postes vacants appartient aux Conseils d’administration. Instaurer des modalités de recrutement des personnels (dont les personnels de direction) sur la base de profils définis par la communauté éducative en fonction des besoins de compétences professionnelles spécifiques attendues par l’établissement scolaire en confiant le processus de recrutement à une commission ad hoc composée de membres de la communauté éducative, celui-ci devant avant d’être entériné par les Conseils d’administration.
34) Reconnaître le droit à l’expérimentation aux établissements scolaires en conférant aux conseils d’administration la possibilité d’utiliser une partie de la marge de manœuvre horaire accordée dans le cadre de l’autonomie pédagogique afin de mener des expérimentations portant sur des projets clairement définis. Imposer l’obligation d’adosser les expérimentations à des projets universitaires reposant sur des protocoles de recherche-action.
Permettre la reconnaissance des pratiques pédagogiques
35) Mettre en place les leviers de la reconnaissance professionnelle des enseignants au travers de l’évaluation globale des établissements scolaires. Imposer aux autorités éducatives d’élaboration d’un cadre de référence, inspiré du cadre européen déjà existant, permettant de définir une stratégie éducative globale. Formaliser la démarche de l’évaluation globale, en articulant autoévaluation et évaluation externe de façon cohérente, afin d’apprécier la façon dont les acteurs de terrain s’emparent de leurs marges de manœuvre pédagogique.
36) Confier la mission d’évaluation globale à un organe dédié, totalement indépendant vis-à-vis des autorités éducatives, n’opérant ni classement des établissements scolaires, ni diffusion des retours d’évaluation.
37) Faire évoluer le statut des inspecteurs en supprimant la dimension prescriptive pour parvenir à un rôle de soutien analytique aux enseignants, en toute indépendance vis-à-vis des autorités éducatives. Redéfinir leurs missions les conduisant, dans le cadre de l’évaluation externe, à impulser la démarche réflexive et cognitive d’analyse de pratiques professionnelles et à reconnaitre le travail et l’investissement des acteurs de l’éducation.
Faciliter la mutualisation des pratiques pédagogiques en réseau
38) Institutionnaliser les réseaux éducatifs par la création d’organes de support, totalement indépendants vis-à-vis des autorités éducatives, dédiés à leur activité de mutualisation de pratiques et en déléguant les missions de coordination à des praticiens sur le principe du mandatement temporaire.
39) Dans le cadre de la stratégie éducative nationale, pour les activités de réseau relevant de problématiques complexes jugées prioritaires, adosser l’émergence des bonnes pratiques en réseau à des travaux de recherche universitaire reposant sur des protocoles de recherche-actions.
40) Créer une plateforme francophone de jumelage numérique entre établissements scolaires francophones, similaire à la plateforme européenne eTwinning, sur la base d’un fonctionnement simplifié compatible avec les réalités numériques de l’ensemble des pays francophones. Rattacher le fonctionnement et l’animation de cette plateforme à l’organe de conception collective des activités d’apprentissage complexe. Favoriser la signature d’accords-cadres avec les autorités éducatives des pays francophones afin de faciliter les jumelages numériques entre les établissements scolaires, le libre accès de tous les enseignants francophones aux ressources éducatives libres ainsi que l’ouverture globale à l’activité des réseaux pédagogiques francophones.